Quand t’as l’impression d’être une plante verte (mais sans chlorophylle)

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Réflexions semi-sarcastiques sur les conversations à sens unique

Tu pars pour une soirée légère, pleine d’espoir : papoter, rigoler, peut-être même parler météo intérieure. Et tu te retrouves aspirée dans un monologue digne d’un podcast intitulé “Moi, ma vie, mon œuvre”. Sauf que t’as pas cliqué sur “play”, ni demandé l’abonnement.

Tu hoches la tête, tu fais des “ah ouais ?” stratégiques, mais rien. Pas une question. Pas un “Et toi ?”. Tu pourrais dire que t’es revenue d’un trek sur Saturne, la personne en face te répondrait : “Ah ouais ? Moi justement, j’ai trouvé mes baskets en promo.
Toi, t’es là pour valider. Figurante de luxe. Sans costume, sans réplique.

Bref, j’en parle très bien parce que, bien sûr, j’ai récemment eu droit à une masterclass en direct.

🎭 Anecdote : La cour, la reine… la potiche !

Un soir, je tente une sortie un peu au hasard : une conférence postée sur une appli. Pourquoi pas ? J’avais envie de lien humain.

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À la fin de la conférence, cette personne (appelons-la… Majesté du Verbe) propose au petit groupe de se retrouver dehors. Très vite, le décor se met en place : elle au centre, entourée de sa petite cour bien docile, pendue à ses lèvres comme si elle venait d’inventer la sagesse ultime pour trouvé le bonheur.

Moi ? J’étais là, debout dans le cercle, mais un peu à la marge. La seule à ne pas lui poser de questions, à ne pas hocher frénétiquement la tête, à ne pas lui servir ce qu’elle était venue chercher : son shot d’attention.

Elle aurait pu me regarder mais je sentais bien que mon silence la déstabilisait. J’ai préféré discuter tranquillement avec d’autres personnes. Celles qui parlaient… comme on respire, pas comme on réclame.

Mais ce petit théâtre m’a vite donné envie de décamper. J’avais signé pour une conférence, pas pour assister à un one-woman-show improvisé avec public captif.

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Je me suis dit : allez, tente encore un peu, ne rentre pas tout de suite. Et c’est là que j’ai discuté avec une autre personne, plus discrète au départ. Prometteur ? Je lui ai posé des questions, j’ai essayé de creuser un peu… et là, bim. Le piège s’est refermé.

À un moment, j’ai dit :
— “C’est marrant, moi aussi je ressens un peu la même chose.”
Et la réponse, sans détour :
— “Ah ouais ? Moi c’est compliqué. Mes enfants, blablabla…”
Et c’était reparti pour vingt minutes de monologue.

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Bref, ce soir-là, j’avais envie de lien, d’une présence simple, peut-être même d’un petit moment entre humains. Et je me suis retrouvée avec des  bavardes en embuscade. La leçon du jour ? Quand t’as envie de compagnie… choisis bien ou emmène un bon livre.

Et le plus fou dans tout ça ? Ce n’est même pas une exception. Alors forcément…  je commence à observer les “stars” du monologue… et à me poser des questions.


Ce qui me sidère…

C’est que ces personnes-là n’ont même pas l’air gênées. Zéro malaise. Zéro conscience qu’un échange, c’est supposé se jouer à deux. Non, pour elles, parler d’elles-mêmes est une respiration naturelle. Comme si ton écoute leur servait de miroir de poche : pratique, silencieux, et qui ne juge pas. Alors je me pose des questions...


🧩 Qu’est-ce qui se passe dans notre société ?

Est-ce que ce sont les réseaux sociaux qui nous rendent débiles, à force de nous faire tourner le regard en boucle sur nous-mêmes ? À force de se mettre en scène, on finit par oublier qu’il y a des spectateurs — ou pire, des interlocuteurs. Franchement, ça part en vrille. Et dès que j’en parle autour de moi, tout le monde fait le même constat. J’aurais pu croire que le hasard m’a simplement mis sur la route de deux personnes avec un ego de compétition… mais peut-être pas. Peut-être que c’est devenu la norme.

 Besoin de parler : signe d’un mal-être ou d’une habitude d’enfant roi ?

Parfois, ces gens-là ont vécu des trucs durs. Traumatisés, cabossés, ils parlent, parlent, parlent pour ne pas couler. D’autres ont une telle soif d’attention qu’ils te parlent comme on lance une bouteille à la mer. Et puis, il y a ceux qui ont été tellement écoutés dans leur vie qu’ils pensent que c’est la norme, que le monde entier est un service client pour leur ego.

Mais ce n'est pas toujours si simple ! (TSA - HPI)

Certaines personnes, notamment les personnes avec un TSA (trouble du spectre de l’autisme) ou un HPI (haut potentiel intellectuel)  n’ont pas toujours les codes sociaux implicites. Elles peuvent effectivement parler longuement, voire de manière envahissante, sans en avoir conscience.

Elles se perdent parfois dans les détails, les explications, les connexions d’idées, sans voir que l’autre décroche. Ce n’est pas de la maladresse volontaire, mais un fonctionnement cognitif différent ( un flux de pensée difficile à canaliser).

Et c’est là que ça devient triste...

Parce que ces personnes passent à côté d’un truc précieux :
La richesse d’une vraie rencontre. L’effet magique d’une conversation à deux. Ce petit moment suspendu où tu découvres que l’autre a des idées bizarres, un rire qui grince, ou une vision du monde qui te fait réfléchir.

Mais alors… que faire quand on est coincé dans ce type de conversation ?

Parce que oui, on a tous eu ce moment où l’on se sent pris en otage social, piégé dans une boucle “moi-moi-moi” alors qu’on rêve de fuir avant de finir en zombie vidé de toute énergie.
Dans ces cas-là, il y a quelques stratégies douces :

  • Glisser subtilement en douceur phase 1 : “Et toi, tu t’intéresses à quoi en ce moment, à part ton boulot ?” (si ça marche pas passe à la phase suivante)
  • Tenter le miroir inversé (un peu léger) : « Dis donc, je réalise qu’on a beaucoup parlé de toi, mais pas encore une seule question pour moi ! Je me sens un peu en mode fantôme ce soir 😄 »
  • Poser les limites avec bienveillance : « J’ai une petite question... tu te rends compte qu’on n’a pas du tout parlé de moi ? Je me demande si c’est un oubli ou si tu avais juste besoin de vider ton sac ? »
  • Mode sincère, ce que j'ai sur le cœur : « Je t’écoute depuis un moment et je sens que t’as plein de choses à dire… mais c’est vrai que je me sens un peu à l’écart. J’aurais aimé qu’on échange un peu plus. »
  • Mode direct, sans détour : « Tu sais, j’adore t’écouter… mais parfois j’aimerais aussi qu’on parle un peu de ce que je vis. C’est important pour moi que ce soit un vrai échange. »
  • Rien n'y fait ! Oser carrément le : “Je te laisse continuer avec quelqu’un d’autre, je vais respirer un peu.” — oui, ça s’appelle poser ses limites, et c’est sain.

Et si vraiment tu n’as pas envie de gérer, un simple “Oh excuse-moi, je vais dire bonjour à quelqu’un” reste la sortie de secours la plus élégante connue de l’humanité.

Quand, en une seule soirée, tu croises deux spécimens du genre “moi-moi-moi”, t’as envie de te fabriquer un badge “Oui, moi aussi j’existe” et de le coller sur ton front.

Alors voilà, petit cri du cœur en mode humour doux-amer.

Communiquer, ce n’est pas juste parler. C’est créer un pont. Un petit passage entre deux mondes intérieurs, parfois cabossés, parfois drôles, parfois profonds. Mais pour que ce pont tienne, il faut être deux.

Alors non, ce n’est pas une guerre contre les bavards ou les passionnés de leur propre vie. C’est juste un rappel que l’écoute, la vraie, c’est un super-pouvoir qu’on a tous… mais qu’on n’active pas assez.

Et si on faisait de la curiosité sincère un art de vivre ?
Et si on remettait un peu de “nous” dans les dialogues, au lieu de juste du “moi” ?

Parce qu’au fond, c’est ça Votre propre nature :
Un espace pour être soi, mais avec assez d’espace pour que l’autre y existe aussi.


Alors peut-être qu’on devrait juste, de temps en temps, faire une pause. Se taire. Et demander à l’autre : “Et toi, comment tu vas, vraiment ?”

Écrit par Léticia Gayet

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